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En Côte d’Ivoire, depuis quelque temps, ce qui est facilement accordé à certains (individus et/ou groupes) par l’État censé être impartial et juste est refusé sans raisons valables à d’autres.
Ainsi, le dictateur Blaise Compaoré, appelé à comparaître devant la justice burkinabè pour l’assassinat de son compagnon Thomas Sankara au cours du coup d’État du 15 octobre 1987,

coule des jours paisibles à Abidjan tandis que Laurent Gbagbo, fils du pays, ancien président de la République et, qui plus est, définitivement acquitté le 31 mars 2021 par la Cour pénale internationale des accusations qui étaient portées contre lui, doit compter sur le bon vouloir de monsieur Ouattara ou attendre que celui-ci achève son troisième frauduleux mandat avant de retrouver la terre de ses ancêtres.

Issiaka Diaby, qui aurait déjà séjourné à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) pour escroquerie et qui se servirait d’un collectif travaillant uniquement pour les victimes du RDR pour gagner de l’argent, occupait tranquillement le Plateau avec une cinquantaine d’abrutis et d’incultes, le 10 mai 2021. Des fidèles catholiques de l’archidiocèse d’Abidjan, eux, furent empêchés d’organiser une marche priante pour la paix, le 15 février 2020.

Ceux qui promettaient sur Internet de leur faire la peau ou de verser leur sang ne furent jamais inquiétés ni par le Procureur de la République ni par le ministère de l’Intérieur.
Le ténébreux Diaby fit du bruit, proféra des menaces, traita l’ancien président de criminel sans que personne ne lève le doigt dans l’entourage de Ouattara que certains soupçonnent d’être derrière le sulfureux Diaby en raison du double discours dont il est coutumier mais Damana Adia Pickass,

chargé de la mobilisation du Grand-Abidjan pour le retour de Laurent Gbagbo n’a pas le droit de tenir un meeting, le 15 mai 2021 à Gonzagueville et à Bonoua malgré les autorisations dûment signées par les maires de ces deux villes.

Le 21 décembre 2019 déjà, la coalition FPI/PDCI n’avait pas été autorisée à se réunir au stade Seyni Fofana de Port-Bouët. Pourquoi ? Parce que, d’après l’ancien ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, des individus peu recommandables s’apprêtaient à infiltrer ce meeting pour le perturber.

Ces trois exemples conduisent à penser, d’une part, que l’État dans notre pays est devenu la propriété privée d’une religion, d’une région et d’un parti politique et, d’autre part, qu’un plan, longuement mûri et minutieusement pensé, est entré dans sa phase active. Pour certaines personnes, ce plan consiste à remplacer progressivement les fils et filles du pays par des ressortissants de certains pays de l’Afrique occidentale (Burkina Faso, Guinée, Mali, Bénin, etc.), à placer ces derniers à la tête des secteurs stratégiques du pays.

Faire un tel constat ne signifie pas qu’on est xénophobe, ni qu’on voudrait rendre l’étranger responsable de nos difficultés et échecs (cf. René Girard, ‘Le bouc-émissaire’, Paris, Grasset, 1982), ni qu’on plaide pour un repli sur soi.

Loin de nous l’idée que les Ivoiriens devraient rester entre eux en se coupant du monde. Je suis pleinement en phase avec Aimé Césaire quand il déclare que “toute civilisation qui se replie sur elle-même s’étiole”.

Je suis favorable à ce que mon pays s’ouvre à l’extérieur, à ce qu’il soit un refuge pour les personnes persécutées ou maltraitées dans leur pays mais je refuse en même temps que l’étranger veuille vivre dans mon pays sans moi, que certaines personnes venues d’ailleurs soient allergiques à l’appellation “étranger” comme s’il s’agissait d’une tare ou d’une maladie honteuse. Je trouve inacceptable que le gouvernement actuel ne donne les marchés, petits et gros, qu’aux entreprises françaises, marocaines et burkinabè.

Ce que je voudrais souligner, en un mot, c’est que l’hospitalité n’exclut pas que les premières places soient données aux enfants du pays et que l’étranger est le bienvenu aussi longtemps qu’il connaît sa place et qu’il se contente de rester à sa place dans le pays qui l’a accueilli, aussi longtemps qu’il en respecte les lois et coutumes, aussi longtemps qu’il comprend qu’il “se trouve dans la position paradoxale d’être à la fois membre du groupe majoritaire et extérieur au groupe, proche et lointain” (Georg Simmel, ‘Sociologie. Études sur les formes de la socialisation’, Paris, Presses universitaires de France, 2013).

Quand l’Américain Donald Trump, les Gabonais et la Française Marine Le Pen disent :”Les nationaux, d’abord”, ce n’est pas pour exclure les étrangers mais pour insister sur le fait que ceux-ci doivent être servis après les nationaux. Ce serait donc leur faire un mauvais procès que de les accuser de xénophobie.

Pour aller plus loin, je dirais qu’accueillir l’étranger ne signifie pas lui confier les rênes du pays. Beaucoup d’Ivoiriens se disent adorateurs du Dieu vrai et vivant, invoquent sans cesse son nom, se tournent vers Lui quand ils sont aux prises avec la souffrance et l’épreuve.

N’empêche que, pendant 60 ans, ils n’ont pas été capables d’observer ce qu’Il recommandait autrefois à Israël : “Tu prendras un roi du milieu de tes frères, tu ne pourras pas te donner un étranger, qui ne soit pas ton frère” (Deutéronome 17, 15).

Ayant été bien accueilli et bien traité dans les pays où j’ai passé une grande partie de ma vie, je serais le dernier à encourager une chasse à l’étranger. Ayant vu comment les étrangers se comportent ailleurs, je nous conseillerais néanmoins de ne pas confondre accueillir l’étranger et le laisser écraser ou dominer les nationaux. Car traiter l’étranger mieux que les enfants du pays, c’est se comporter de manière étrange.

Par Jean-Claude DJEREKE

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