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LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE L’AUTORITE NATIONALE DE LA PRESSE
Monsieur le Président,
Je voudrais d’emblée m’excuser pour le canal utilisé pour partager avec vous les préoccupations de bon nombre d’Ivoiriens qui tout comme moi, ont de plus en plus du mal à comprendre votre mutisme, face aux dérives et publications récurrentes du quotidien « Le Patriote » incitant à la fois à la haine et aux troubles à l’ordre public en prélude au retour et à l’accueil du Président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire.
Loin de moi cette prétention que certains esprits pourraient me prêter, à la lecture de cette lettre ouverte, de vouloir faire votre travail à votre place ; loin s’en faut !
Seulement voilà. Si les attentes du public en matière d’information sont plurielles et n’obtiennent jamais un soutien unanime, il n’est point superfétatoire de considérer les journalistes comme des agents au service de la démocratie et de croire que les qualités de bon journaliste s’apprécient mieux par le respect des notions d’intérêt public et de vérité.  En ma qualité de citoyen Ivoirien, volontairement ou non, exposé chaque jour au contenu de la presse écrite traditionnelle et de la presse numérique, je revendique modestement le devoir pour moi d’attirer votre attention sur certains articles de presse susceptibles de mettre en péril la relative quiétude de nos concitoyens.
Venons-en au fait.
Depuis la décision d’acquittement définitif du Président Laurent Gbagbo et de son Ministre Charles Blé Goudé par la Chambre d’Appel de la Cour Pénale Internationale (CPI), le 31 mars 2021, certaines rédactions dont le quotidien « Le patriote », alors que le chef de l’Etat Alassane OUATTARA a donné le la d’une réconciliation vraie en prenant acte de cette décision d’acquittement et donné publiquement et solennellement l’assurance de ses bonnes dispositions personnelles au retour du Président Laurent GBAGBO et du Ministre Charles BLE Goudé, en vertu de la Constitution ivoirienne, [certaines rédactions ]s’investissent de plus en plus dans une campagne haineuse et d’incitation à la violence et à la chienlit lors de l’accueil du président Laurent Gbagbo qui s’annonce grandiose et triomphal.
Trois différents titres de ce journal dont le dernier date du 25 mai 2021 peuvent être cités en exemple : (i) Retour triomphal annoncé de Laurent Gbagbo, Les jeunes disent non à la provocation (à la une de la parution du 25 mai 2021), (ii) « Pas question que Gbagbo rentre en héros après ce qu’il a fait subir à la Côte d’Ivoire »(sous la plume de Thierry Latt en page intérieure de cette même parution) et (iii) « Si Gbagbo rentre, il doit être immédiatement arrêté »  écrit Lacina Ouattara dans un autre numéro de Le Patriote rendant compte de la manifestation de l’association d’un certain Diaby Issiaka président auto proclamé des victimes musulmans et nordistes de la crise postélectorale de 2011.
Que veut réellement encore le journal Le Patriote ?
 Cette interrogation vaut son pesant d’or dans le contexte sociohistorique de la Côte d’Ivoire. En effet, depuis son apparition dans le paysage ivoirien de la presse écrite, le journal « Le patriote », porte-parole quasi officiel du RDR  a toujours anticipé sur les événements qui ont tragiquement basculé le destin de la Côte d’Ivoire. En 1991 déjà, alors que la Charte du Nord circulait sous forme d’un tract anonyme, plusieurs journaux proches du RDR dont Le Patriote ont publié en exclusivité de larges extraits de ce texte qui participe de l’arrogance de certains « Sahéliens » majoritairement issus des élites à l’encontre des « bushmen » . La charte du Nord connut, en 1992, un « pic » sécessionniste avec l’appel du chanteur Alpha Blondy en faveur de la « République des peuples du nord de la Côte d’Ivoire. « Nous ne voulons plus faire partie de la république de Côte d’Ivoire après Houphouët-Boigny » a-t-il crié.
Le 13 septembre 1999, le même journal « Le Patriote » alors que monsieur Alassane Dramane Ouattara était en bute avec la politique du PDCI-RDA, barrait à sa une un titre séditieux et annonciateur du coup d’Etat du 23 décembre 1999. « Nous frapperons ce pouvoir au bon moment et il tombera »
Le 4 décembre 2000, Le Patriote, anticipant également sur les événements de septembre 2002, publiait une carte divisant la Côte d’Ivoire en deux moitiés, Nord et Sud. Cette carte annonçait, exception faite de la partie Nord-Est, la zone d’occupation de la rébellion de septembre 2002 et incluait Bouaké, capitale du Centre, dans le Nord
Monsieur le Président,
On le voit clairement, depuis sa création, Le Patriote a largement contribué à la diffusion massive de la charte du Nord et de son projet irrédentiste. Ce kyste identitaire qui a été d’une part, le fondement historique de la rébellion de septembre 2002 ayant fait plusieurs milliers de morts et d’autre part, la politique de « rattrapage ethnique » en vigueur dans l’administration ivoirienne depuis l’installation de monsieur Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire.
En cela, Le Patriote présente constamment le visage d’un journal confortablement installé dans la polémique, l’invective et l’ethnicité qui selon le sociologue Paul N’da, « se présente comme l’expression d’un besoin de pouvoir, d’un désir d’hégémonie politique ». Il s’écarte dès lors d’un journalisme équilibré, objectif, toute chose qui ne devrait nullement passer inaperçue aux yeux des prescripteurs de l’orthodoxie journalistique, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs chargés de veiller au respect des normes de la profession .
Monsieur le Président,
La Côte d’Ivoire notre pays ne doit aucunement faire l’économie d’un accueil triomphal au Président Laurent Gbagbo lors de son retour sur la terre de ses ancêtres, en malgré les appels incessants à la révolte et au désordre d’une catégorie d’Ivoiriens dont Le Patriote demeure le sempiternel porte-voix. Pourquoi ?
• Laurent Gbagbo est un homme d’Etat. Il connait la Côte d’Ivoire et la Côte d’Ivoire le connait ! Il n’est pas une partie du débat politique en cours en Côte d’Ivoire. Il est le débat à lui seul, car absent pendant dix longues années, il est plus présent dans l’esprit, dans le quotidien et le débat ivoirien que tous les autres acteurs politiques Ivoiriens connus. Entre Laurent Gbagbo et les Ivoiriens c’est une longue histoire d’amour qu’aucune impédance de l’histoire n’a pu altérer à ce jour.
• Le Président Laurent Gbagbo est un homme de paix, fondamentalement attaché à la démocratie et aux Droits de l’Homme. Son acquittement définitif à la CPI le 31 mars 2021 est un vibrant hommage à son humanité. Il n’est ni haineux, ni revanchard. Laurent Gbagbo adoubé par l’ensemble des Ivoiriens revient prendre la place qui est la sienne afin d’œuvrer à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale pour une paix durable en Côte d’Ivoire.
• Accusé à tort et maintenu dix ans durant dans l’antre de la mort, Laurent Gbagbo n’a jamais perdu espoir de retrouver les Ivoiriens qui dans leur immense majorité l’attendent pour une catharsis collective. Une condition plus que nécessaire afin que les différents morceaux de la Côte d’Ivoire réapprennent à vivre ensemble pour bâtir une nation riche de ses diversités et tournée vers un avenir radieux.
Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres encore, il est temps, Monsieur le Président, de recadrer le journal Le Patriote et tous les autres médias qui distillent dans le corps social les germes de la haine, ferment d’une déflagration sociale dont la Côte d’Ivoire n’a nullement besoin.
Laurent Gbagbo doit rentrer chez lui, sur la terre de ses ancêtres, lavé de toutes souillures. Accueillons-le dans la ferveur, rameaux et caolin à la main !
Ne nous faisons pas peur ! le monde entier nous regarde. Relevons ensemble cet autre défi, celui de la paix. Laurent Gbagbo est déjà devant et nous y attend les bras ouverts.
Veuillez croire, Monsieur le Président de l’ANP, l’expression de ma sincère et profonde gratitude.
KPEYA M. Ben,
Professeur Certifié de Lettres

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