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(ANP)-‘’Nulle part au monde des groupes rebelles n’ont pu avoir accès aux mêmes armes que les forces légales qu’elles combattent, comme c’est le cas aujourd’hui au Sahel’’, a regretté, ce lundi 6 décembre,  le Président de la République du Niger Mohamed Bazoum qui se prononçait au  7ème forum international de Dakar (Sénégal)  sur la paix et la sécurité.

Le Sahel, cette région africaine au sud du Sahara, est confronté au terrorisme armé depuis la chute du pouvoir de Tripoli (Libye) en 2011.

Face aux nombres d’armes qui circulent dans la région, dont une grande partie proviennent de la Libye, le Président Mohamed Bazoum  déclaré : ‘’J’ai même la faiblesse de penser que pour certaines armes, la proportion chez les terroristes est supérieure à celles détenues par les forces régulières’’.

‘’C’est le cas notamment des lance-roquettes RPG et des fusils mitrailleurs M80, qui sont les armes vedettes de ces guerres’’ a-t-il estimé.

‘’Les groupes terroristes opérant actuellement au Sahel se distinguent par le caractère sophistiqué et la quantité remarquable de leurs armes ainsi que de leurs munitions, acquises à des coûts très faibles à travers les réseaux de contrebande libyens’’ a fait remarquer le dirigeant nigérien.

Selon lui, le terrorisme à l’œuvre dans l’espace sahélien aujourd’hui se caractérise par des formes d’organisation qui s’apparentent singulièrement à celles observées dans les guérillas en Amérique latine au cours des années 1960-70, qui malgré la modicité de leurs moyens, ils arrivent à s’adapter au terrain.

‘’L’autre grande vedette de cette guerre, c’est la moto à 2 roues. Elle est le principal facteur de l’avantage tactique que possèdent les groupes armés non étatiques, qui est leur extrême mobilité. C’est véritablement la moto qui confère à cette guerre son caractère asymétrique. Quand on connait par ailleurs les caractéristiques physiques du terrain sur lequel opèrent les terroristes consistant dans l’absence de routes et une certaine densité de la végétation des arbres par endroits, on comprend l’avantage qu’il y’a d’utiliser ce moyen qui allie petite dimension, rapidité, rusticité et sobriété. En face les forces régulières utilisent des moyens mécanisés très peu commodes du fait notamment de leur lourdeur et de leur lenteur’’ a fait observer Mohamed Bazoum.

‘’En plus des facteurs techniques qui leur sont favorables, les groupes terroristes ont, pour eux, l’avantage de la connaissance du terrain ainsi que leur mode de vie pastoral qui en fait des hommes rompus à la souffrance due aux privations et la pénibilité de la vie au quotidien. Pour un jeune berger, passer de la marche à pied à la moto procure confort et prestige. Exactement comme  passer du bâton à la kalachnikov. Les jeunes qui intègrent les organisations terroristes se sentent exaltés par les merveilles auxquelles ils accèdent, ce qui leur confère un sentiment de valorisation de soi fantasmatique’’ a argué le Chef de l’Etat nigérien.

Le Président Bazoum a estimé que les victoires ‘’plutôt faciles’’ remportées contre les armées régulières leur ont, par ailleurs, permis de prendre un ascendant psychologique sur ces dernières, confortant ainsi leurs préjugés ancestraux de pasteurs vis-à vis des agriculteurs.

De plus, a ajouté Mohamed Bazoum, outre les atouts ci-dessus cités, ‘’les mouvements terroristes sahéliens bénéficient de conditions d’accès à des ressources financières inédites pour une rébellion’’.

En guise d’illustration, il a indiqué que  ‘’le nord du Mali est depuis presque deux décennies un espace de non droit où s’est développée une économie criminelle autour notamment du trafic transsaharien de la drogue en direction de l’Europe et de l’Asie. Les organisations terroristes locales, succursales de ALQAIDA et de DAESH ont partie liée avec ce trafic qui leur procure de l’argent, tout comme les rançons faramineuses payées par certains pays pour libérer leurs citoyens retenus comme otages’’.

Parlant des sources de financement des activités terroristes, l’autorité nigérienne a expliqué que ‘’la présence de gisements d’or nombreux dans la zone a favorisé des activités d’orpaillage sous leur contrôle, ce qui leur permet également d’accroître leurs capacités financières’’.

Même, a-t-il dit, ‘’en ce moment, une bonne partie de leur argent leur vient des extorsions, du vol à grande échelle de bétail et des taxes auxquelles ils soumettent systématiquement toutes les populations des vastes zones qu’ils parcourent sur leurs motos’’.

Cependant, a auguré Mohamed Bazoum, le talon d’Achille du terrorisme réside  dans son absence de projet de société, son faible encadrement politique et son incapacité subséquente à mettre sur pied la moindre forme d’administration.

‘’Si au départ, Al Qaeda au Maghreb islamique, en occupant le nord du Mali à travers ses affidés locaux, prétendait vouloir instituer la Charia, voire fonder un Émirat islamique, c’était surtout parce qu’elle utilisait pour l’essentiel des cadres algériens et sahraouis. Aujourd’hui que ces cadres ne sont plus là, sa rhétorique islamiste renvoie davantage à ses origines qu’à une éthique sous tendant un vrai projet. À ce niveau un distinguo mérite toutefois d’être établi entre le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’une part et l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS) d’autre part’’ a soutenu le Président Bazoum.

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